Qu’entend-on par « comportement » ?

Depuis les années 1910, beaucoup de psychologues d’orientation scientifique définissent leur discipline comme «la science du comportement».

Le choix de la notion de «comportement» découle du projet de travailler scientifiquement. L’âme, l’esprit, la volonté, l’inconscient et autres entités mentales ne sont pas des réalités que l’on peut observer et analyser objectivement. Les seuls faits que les psychologues peuvent prendre comme point de départ de leurs constructions - pour éventuellement parler de volonté ou d’inconscient -, ce sont des comportements observables, leurs conditions environnementales et leurs corrélats physiologiques.

Cette conception de la psychologie, déjà proposée en 1908 par le français Henri Piéron, a été défendue avec force par l’américain John Watson, sous le nom de «behaviorisme» ou «comportementalisme». Ce qu’on appelle «la révolution behavioriste» est le refus a priori d’expliquer des comportements par des entités inobservables - comme l’instinct, le besoin, le refoulement, les complexes -, quitte à en faire un usage très prudent après des observations soigneuses. Si quelqu’un se moque de son conjoint, lui donne une gifle ou l’assassine, on ne peut se contenter d’invoquer la pulsion d’agression ou de mort, il faut prendre en compte les situations où se produisent ces actions, les stimuli qui les provoquent. Se contenter des mots «pulsion» ou «désir», c’est raisonner à la manière d’Argan, dans Le Malade imaginaire de Molière, lorsqu’il «explique» que l’opium fait dormir «quia est in eo Virtus dormitiva».

Certains psychologues scientifiques préfèrent dire que la psychologie est «la science du comportement et des processus mentaux», plutôt que simplement «science du comportement». Cette dualité de définition reflète une question terminologique importante, source de malentendus, qu'il faut clarifier.

Deux usages du terme «comportement»

Au sens étroit, le terme «comportement» désigne une action manifeste, directement observable, qui se distingue des phénomènes psychiques «internes» (les cognitions et les affects). 

Au sens large, il désigne toute activité signifiante, directement ou indirectement observable, et il présente trois dimensions : une composante cognitive (perception, souvenir, réflexion, etc.), affective (plaisir, souffrance, indifférence) et motrice (action, expression corporelle). Mis à part les réflexes élémentaires, tout comportement présente ces trois éléments. Ainsi, en ce moment, vous percevez et traitez des informations, vous produisez des cognitions (pensées, images mentales, souvenirs) ; vous avez une disposition affective (intérêt, curiosité, satisfaction) ; vous adoptez une attitude corporelle, vous bougez les yeux et peut-être la tête...

On peut parler de «comportement cognitif» ou de «cognition» quand la première composante s'avère prédominante (par exemple quand on lit), de «comportement affectif», de «comportement émotionnel» ou d'«émotion» si la deuxième dimension est la plus frappante (par exemple lorsqu'on éprouve une forte frayeur), de «comportement moteur» ou d'«action» si la troisième apparaît à l'avant-plan (par exemple quand on fait du sport).

Le mot «cognition» prend deux significations en psychologie. Il désigne toute activité de connaissance (percevoir, penser, imaginer, juger, etc.), mais également le produit de ces activités (ce qui est perçu, pensé, imaginé, jugé, etc.).

Les termes «affect» et «émotion» sont parfois utilisés comme synonymes. Les psychologues désignent souvent par «émotion» un affect relativement intense, accompagné d'une activation sensible du système nerveux végétatif et hormonal. Par exemple, la peur, la colère ou la joie.

Lorsque «comportement» est entendu au sens étroit, la définition de la psychologie doit mentionner les «processus mentaux» ou les «processus cognitifs et affectifs». Si on utilise le sens large, «comportement» suffit.

Le comportement est toujours en situation

Tout comportement est déterminé, en partie, par la situation dans laquelle il se produit : l’environnement et le moment. Pour bien le comprendre, il est nécessaire d’examiner les événements qui précèdent son apparition et ceux qui le suivent. 

Le comportement est souvent induit par un ou des stimuli externes — dont certains sont essentiels et d'autres adjuvants. Il est effectué pour produire un effet. Il agit sur l'organisme et est influencé par lui. Pour l’analyser, il faut de tenir compte de six variables : 

Ces variables sont en interaction. Des stimuli provoquent des cognitions (la vue d'un chien peut faire penser à une morsure), tandis que des processus cognitifs déterminent le sens des stimuli (le souvenir de la morsure d'un chien spécifie la signification de cet animal). Les cognitions provoquent des affects (l'idée de la possibilité d'une souffrance rend anxieux), tandis que l'état affectif oriente le flux des cognitions (un état anxieux oriente l'attention vers des indices de danger possible). Les affects induisent des actions (la peur incite à fuir), tandis que les actions induisent des affects (une fuite désordonnée renforce la peur, une fuite efficace la réduit).

Tout comportement est effectué en vue de conséquences appétitives, possibles ou probables (la fuite permet d'échapper au danger et de réduire la peur). L'anticipation d'effets, compte tenu des expériences antérieures, est le principal facteur du «choix» des comportements.

Enfin, le comportement a un effet sur l'organisme (la peur provoque une sécrétion accrue d'adrénaline), tandis que l'état de l'organisme agit sur le comportement (la réaction de peur est amplifiée si l’on est physiologiquement stimulé).

On peut résumer les relations entre ces variables par le schéma suivant, appelé «équation comportementale» :
 

Equation comportementale

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